Conférence : « Le journalisme de solutions peut-il sauver le monde ? » – 10 Oct 2018

          C’est en cherchant de nouveaux évènements sur Facebook que j’ai découvert cette conférence gratuite ! N’y connaissant vraiment rien, c’était l’occasion pour moi d’en savoir plus sur le « journalisme de solutions ». Verdict ? J’ai eu peur à certains moments, mais ça en valait le détour ! Je retranscrirai pour vous mes impressions, suivant les différentes étapes de la conférence, puis terminerai par mon propre bilan.

Un prélude inattendu

          Ainsi, le 10 octobre avait lieu une conférence peu ordinaire à la Maison des Acteurs du Paris durable (Paris 1er), proposée par les fondateurs du journal Kaizen. Les articles publiés dans ce journal (en version papier ou web) sont destinés à faire prendre conscience de problèmes de société, tout en donnant des moyens d’action aux lecteurs.

          C’est ce qu’on appelle aujourd’hui du journalisme de solutions, souvent en opposition au journalisme traditionnel des grands médias habituels. Dans le cas de Kaizen, il s’agit aussi bien de solutions au niveau individuel que collectif, le plus souvent d’inspiration écologiste ou citoyenne.

          Une surprise attendait les spectateurs en début de conférence. Pris malgré moi dans le jeu, nous fûmes invités à participer à un « débat mouvant » à l’extérieur. Un moment très drôle mais moins agité qu’un pogo. Le jeu consistait à se déplacer de gauche à droite dans la cour, notre position signalant une réponse du type « oui », « non » ou « je ne sais pas » aux affirmations énoncées : qu’est-ce que le vrai journalisme ? En quoi peut-il servir de contre-pouvoir ? Et le journalisme de solutions dans tout ça, ce ne serait que de la propagande de bonnes nouvelles (quitte à édulcorer les problèmes soulevés) ?

           Autant de questions cruciales pour échauffer les esprits avant d’entendre l’argumentation donnée par les fondateurs de Kaizen, notamment Pascal Greboval (rédacteur en chef) et Sabah Rahmani (rédactrice en chef adjointe).

Les dérives du journalisme traditionnel

          Ce n’est qu’une fois rentrés dans la salle de conférence, et les présentations faites, que l’on explique la démarche éditoriale de Kaizen. Celle-ci part d’un constat simple : un trop grand nombre d’informations diffusées dans les médias traditionnels ont pour objet de décrire la noirceur du réel. Il suffit de faire allusion aux nombreux faits divers, tous plus ou moins malheureux qui hantent l’actualité, pour comprendre où veut en venir Kaizen. Cet argument est  repris par les défenseurs du journalisme de solutions pour dénoncer un traitement catastrophiste de l’actualité.

          Il ne s’agit pas seulement que de cela, bien que le phénomène qui s’accentue depuis ces trente dernières années selon Greboval. En effet, cela va de pair avec la surexposition de faits tragiques, marquants en eux-mêmes peut-être, mais qui occultent alors tout autre débat ou opinion contraire. Ainsi, il arrive qu’un évènement comme le 11 septembre, ou le résultat des élections présidentielles de 2002, soit rediffusé jusqu’à plusieurs dizaines de fois par jour sur certaines chaînes TV les jours suivants. Par extension, c’est aussi par de tels procédés que l’on voit se multiplier les fake news sur internet.

          Bref, sûrement rien de nouveau pour vous, si ce n’est que ces informations que nous recevons tous les jours ont un impact sur nos comportements et nos manières d’être ! A commencer par les journalistes eux-mêmes, dont environ 65 % en France (début 2017) estimeraient « que leur vie professionnelle exerçait une influence négative sur leur santé », un phénomène notamment lié à un productivisme effréné. De plus, les consommateurs sont touchés aussi puisqu’il est avéré que l’information négative est davantage retenue par notre cerveau (c’est le « biais de négativité » en psychologie).

          A terme, nous tendons à valoriser nos « passions tristes » (L’Ethique, Spinoza). En effet, qui dit information davantage retenue, dit aussi davantage commerciale, constate le journaliste Christophe Barbier, cité par Greboval. Ainsi, le système s’entretient de lui-même, les grands groupes de presse préférant souvent leur sécurité financière, face au déclin progressif des volumes de ventes papiers et à la concurrence sérieuse qu’ils rencontrent avec les sources d’informations venant du web.

          Serge Schick (Radio France) affirme que 70% des Français ont développé une méfiance vis-à-vis des médias en général, bien que cela change aussi d’un média à un autre. Face à ce problème, une étude conjointe menée par Ipsos, France TV et Radio France devrait aboutir début 2019. Il devient crucial d’anticiper les attentes du public de demain. (Notes personnelles de conférence durant le festival Médias en seine – 22/11/2018).

          Mais alors, le journalisme de solutions peut-il sauver le monde ?

Apporter des solutions, ou « panser les plaies »

          C’est au tour de Marion Mauger (journaliste stagiaire) de présenter son livre blanc. Voici une petite synthèse de ses idées, présentées comme une sorte d’auto-critique de Kaizen et du journalisme de solutions.

          Ce nouveau type de journalisme, inspiré des États-Unis et tout juste apparu en France vers 2015, est de plus en plus sollicité et permet de répondre à d’autres besoins des lecteurs. Le vrai journalisme de solutions, aussi appelé journalisme d’impact, est différent du journalisme positif ou de « bonnes nouvelles ». En effet, le journalisme de solutions s’appuie sur un travail d’investigation sérieux. Au contraire, le journalisme positif a parfois tendance à édulcorer les problèmes, pour soutenir une idéologie par exemple. En quoi Kaizen s’apparente-il plus à du journalisme de solutions qu’à du journalisme positif ?

         La démarche éditoriale de ce journal comporterait trois mots d’ordre, sur lesquels je vous propose de revenir, et qui sont : information, dénonciation et incitation.  Premièrement, il est vrai que l’équipe de rédaction compte des journalistes professionnels (mais pas seulement). De ce que j’ai pu lire sur leur site, leurs articles sont bien sourcés. Je précise qu’une partie des membres ont d’abord travaillé dans d’autres secteurs d’activités ou fait ses armes dans l’activisme écologique.

          Deuxièmement, je reste partagé sur le contenu de leurs dénonciations : celles-ci, sans être abusives, se retrouvent trop souvent cantonnées à l’écologie. Enfin pour le dernier mot (peut-être le plus important), l’objectif me semble largement atteint. Tout est penser pour accroître le pouvoir d’action du lecteur (sans compter en plus les fiches DIY, les conférences, la diversité des intervenants extérieurs, etc.), et donc aller au-delà que de simplement « porter la plume dans la plaie » (célèbre maxime journalistique d’Albert Londres).

          Je tiens à saluer la qualité des échanges avec le public en fin de conférence, même si ce ne fut pas suffisant pour éluder toutes les questions. J’apprends que Kaizen revendique aussi un statut de média indépendant. Malgré leurs partenariats (avec les éditions Actes Sud par ex.), le magazine n’appartient à aucun grand groupe de presse. Même concernant les pubs contenues dans la version papier, Greboval affirme qu’elles sont considérées comme des sources d’informations potentielles par leurs lecteurs. Inutile de dire que toute politique néfaste de réductions des coûts est réfutée. Toutefois, l’équipe de Kaizen entretient des relations avec d’autres médias d’indépendants, qui eux ne souscrivent pas tous aux mêmes types d’engagements éditoriaux.

Mon bilan

           Outre l’aspect légèrement sectaire que j’ai pu ressentir, je ne regrette pas ma curiosité !  Mais j’insiste : les abonnés de Kaizen ne constituent encore qu’un public restreint, peut-être à cause du prix de vente du journal. Comme le dit Greboval, c’est une bataille idéologique, probablement sociétale, qui reste à gagner pour toucher d’autres publics. Les porte-paroles de Kaizen en sont conscients, et n’hésitent pas à jouer d’auto-dérision face aux critiques, qui pullulent sur le net par exemple. Oui, mais encore faudrait-il mieux définir son camp ! Il ne faut pas s’étonner si à force de critiquer le journalisme traditionnel, ce dernier soit mis en valeur. Il est facile de tomber dans un débat stéréotypé, où toute volonté alternative est perçue à l’autre extrême, comme de la propagande de bonnes nouvelles.

          Je déplore l’indécision des conférenciers, essayant de se définir à travers des dualités qu’ils savent limitées mais qu’ils ne semblent pas avoir dépassé. J’en déduis que le journal Kaizen, c’est quelque chose entre le journalisme de solutions et le journalisme positif, deux termes que ses porte-paroles emploient pour le définir selon les situations. Evidemment, il y a aussi cet aspect quasi-militant qui leur est spécifique et qu’on ne retrouve pas chez d’autres médias indépendants. Oui, parce que finalement, c’est un magazine très éco-citoyen, quitte à interviewer un chamane quasi-autodidacte ou de te proposer des recettes de cuisine beaucoup trop bios.

          Est-ce un défaut en soi ? Pas forcément, puisque l’écologie ce n’est pas juste parler de la nature et des oiseaux. C’est un système de pensée applicable à tous les domaines d’une société. Sans faire un reproche absolu au journal, il est toujours préférable d’expliciter sa position et de l’assumer, sous peine de voir sa cause desservie. Dans le même temps, il pourrait être plus intéressant de s’attacher aux problématiques d’une population locale, plutôt que de cibler la France entière (ou la francophonie). De ce point de vue, je préfère un journal comme Nice-matin, mettant en avant les problématiques et les initiatives populaires contenues dans une zone géographique plus restreinte.

          Pour finir, c’est aussi grâce à Kaizen, que j’ai pu prendre conscience de la diversité de nos médias d’informations (merci !). Je ne serais pas objectif, si je ne vous disais pas que c’est un journal en perpétuel changement et remise en question de ses pratiques. Je salue l’initiative du livre blanc par Marion Mauger en ce sens. Pour finir sur une note philosophique, je vous laisse chercher la signification du mot japonais « kaizen ». Merci pour votre lecture et n’hésitez pas à laisser un commentaire !

Pour aller plus loin :

Kaizen et le journalisme de solutions :

Etudes et témoignages :

1 commentaire sur “Conférence : « Le journalisme de solutions peut-il sauver le monde ? » – 10 Oct 2018

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